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Lionel Pancrazio, administrateur-mandataire d’Habicoop et chercheur-enseignant, signe une tribune dans Alternatives Économiques : Crise du logement, et si la solution venait de la coopérance ? Les leçons de Copenhague et Zurich…

Habiter ne se limite pas à occuper un toit. Le logement structure les trajectoires de vie, conditionne l’accès à l’emploi, à la santé, à l’éducation et façonne les équilibres territoriaux. Or, à l’heure des crises climatiques, sociales et démocratiques, la question du logement révèle une contradiction majeure : alors que la croissance démographique ralentit dans les nations disposant d’économies avancées, la crise du logement persiste, dans les zones urbaines attractives, comme au sein des ruralités, toutes avec des causalités différentes.

Depuis un siècle et demi, l’urbanisation a concentré les populations dans les villes. Aujourd’hui, mondialement, plus d’un habitant sur deux vit en zone urbaine, et cette proportion atteindra probablement  70 % d’ici 2050. Cette dynamique, combinée à l’évolution des modes de vie et à la financiarisation du secteur immobilier, a rendu le logement à la fois plus cher, plus énergivore et moins adapté aux besoins réels des ménages.

En France, le paradoxe est frappant. Le pays dispose d’un vaste territoire, consacre un effort budgétaire au logement supérieur à la moyenne européenne et connaît désormais un ralentissement démographique prononcé. Pourtant, les tensions s’aggravent : hausse des prix, recul de la construction neuve, précarité énergétique massive et 2,87 millions de ménages en attente d’un logement social sont recensés (juin 2025). Le logement est devenu le premier poste de dépense des ménages, accentuant les inégalités sociales et territoriales.

Cette situation ne s’explique pas uniquement par un déficit quantitatif. Elle résulte aussi d’inerties structurelles. Le logement est simultanément un bien d’usage et un actif financier. La dépendance aux cycles économiques, aux marchés financiers et aux chaînes d’approvisionnement mondialisées rend la production de logements instable et peu réactive. À cela s’ajoute une planification urbaine souvent fondée sur des données passées, insuffisantes pour anticiper les mutations sociologiques, climatiques ou économiques en cours.

Les conséquences sont profondes. La précarité résidentielle nourrit un sentiment de déclassement, alimente la défiance envers les institutions et fragilise la cohésion démocratique. La crise du logement est donc aussi une crise politique.

Pourtant, d’autres voies existent. À Copenhague et Zurich, des politiques d’habitat fondées sur l’implication citoyenne et la coopérance1 ont permis de répondre plus efficacement aux besoins. Ces villes ont inversé la logique classique de production du logement : au lieu de partir du marché, elles partent des usages et des habitants.

À Zurich, plus d’un quart du parc locatif relève de coopératives d’habitat. Les résidents détiennent collectivement le bâti, mutualisent les coûts et participent aux décisions. Résultat : des loyers durablement inférieurs au marché, une meilleure qualité architecturale, une forte mixité sociale et une grande capacité d’adaptation des logements aux évolutions des ménages. La coopérance réduit la spéculation, sécurise les parcours résidentiels et favorise une sobriété choisie.

Copenhague suit une logique comparable en mobilisant activement le foncier public, en soutenant les initiatives locales et en intégrant les habitants dès la conception des projets. Les quartiers développés selon ces principes combinent logements, activités, espaces publics et mobilités douces. Les bénéfices sont multiples : moindre consommation d’espace, baisse des charges, renforcement du lien social et meilleure résilience face aux chocs économiques ou climatiques.

Dans les deux cas, la coopérance permet de répondre plus efficacement aux besoins, tout en stabilisant les coûts. Ces villes ont inversé la logique classique de production du logement en partant des usages et des habitants. Les résidents détiennent collectivement le bâti, mutualisent les coûts de financement et limitent la rémunération du capital. Résultat : des loyers durablement inférieurs au marché, une moindre exposition aux cycles financiers et immobiliers, in fine une sécurisation des parcours résidentiels. La coopérance agit ici comme un amortisseur économique, réduisant la spéculation et favorisant l’investissement de long terme. Les projets coopératifs y combinent sobriété foncière, maîtrise des charges et efficacité énergétique, ce qui réduit durablement les dépenses contraintes des ménages. À l’échelle macroéconomique, ces modèles limitent l’inflation immobilière et contribuent à une allocation plus productive de l’investissement.

Dans les deux cas, le rôle des pouvoirs publics est décisif. Les collectivités facilitent l’accès au foncier et au financement, sécurisent juridiquement les montages coopératifs et inscrivent ces projets dans une planification territoriale cohérente. La coopérance n’est pas une alternative marginale, mais un cadre structurant de l’action publique.

Transposer ces modèles en France suppose un changement culturel et institutionnel. Il s’agit de passer d’une logique centralisée et administrée à une logique de projets territoriaux co-construits, articulant logement, mobilité et services. Cette approche intersectorielle permet de concilier efficacité économique, équité sociale et acceptabilité démocratique.

Habiter autrement, ce n’est pas seulement construire plus, mais construire ou rénover mieux et autrement. Les expériences de Copenhague et Zurich montrent que la coopérance peut transformer le logement en levier de transition écologique, de justice sociale et de revitalisation démocratique. Face à une crise qui n’est ni uniquement économique ni uniquement quantitative, elles rappellent une évidence trop souvent oubliée : le logement est d’abord une affaire collective.

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