Comme tout mouvement, celui de l’habitat coopératif n’a fait qu’évoluer, depuis son émergence sous Napoléon III au milieu du XIXe siècle dans les syndicats ouvriers, jusqu’à la loi ALUR de 2014.
En effet, si l’on retrace brièvement l’histoire de l’habitat coopératif, 3 dynamiques se dessinent :
La fin du XIXe et le début du XXe marquent un essor du mouvement grâce à l’instauration d’un cadre réglementaire et le soutien des collectivités (création en 1889 de la société française des habitations à bon marché (HBM), vote de la première loi sur les logements HBM en 1894 qui permet aux coopératives d’habitation de se développer, loi Strauss en1906 qui autorise les collectivités locales à soutenir financièrement les sociétés HBM et ouvre l’accès à des prêts à taux avantageux auprès du Crédit immobilier) ; l’apogée de cette phase de développement est incarnée par la loi du 10 septembre 1947 qui crée le statut général des coopératives et instaure le principe de propriété collective à travers le modèle de location-coopérative. Dans le cadre du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme qui considère le logement comme une compétence de l’ État, une loi de 1949 transforme les HBM en habitations à loyer modéré (HLM), qui deviendront peu après l’outil principal de l’État pour lutter contre la crise du logement de l’après-guerre, au moyen notamment des grands ensembles (plan Courant : industrialisation des chantiers, développement du 1% patronal et de l’expropriation) et des zones à urbaniser en priorité, laissant peu de place au dialogue avec les principaux intéressés des logements, leurs occupant·es.
Les années 1960 et 1970 marquent la crise de l’habitat coopératif, avec une perte des valeurs du mouvement coopératif et notamment celle, centrale, de la propriété collective. Une défiance envers l’esprit coopératif et la solidarité entre coopérateur·rices qu’il implique, motive les pouvoirs publics à supprimer le modèle au profit de la propriété individuelle ou de la location (loi Chalandon de 1971, qui distingue alors et cloisonne la production du logement de sa jouissance et gestion) ; si la création en 1981 d’un Ministère de l’Économie Sociale donne espoir quant au développement du modèle coopératif, les solutions imaginées par la commission réunie à cet effet (rapport Mercadal) ne voient pas le jour, faute de financement.
Depuis 2005, l’association Habicoop cherche à redonner ses lettres de noblesse à la coopérative d’habitant·es en s’appuyant sur le modèle de la location-coopérative (habitant·es locataires individuellement et propriétaires collectivement via l’acquisition de parts sociales de la coopérative) ; elle a notamment su faire émerger, aux côtés d’Habitat Participatif France, la loi ALUR de 2014 qui instaure un cadre réglementaire à l’habitat participatif et à l’habitat coopératif.
Créée à Lyon en 2005, elle est issue de la jonction d’idées venues du secteur de l’économie sociale et solidaire, du milieu associatif et du mouvement de l’habitat groupé.
À l’origine, elle est portée par des militant·es locaux·ales réuni·es autour de thématiques écologistes, urbanistiques, alternatives et sociales ainsi que de l’intérêt et du soutien du Conseil régional Rhône-Alpes, de l’Urscoop, de professionnel·les de l’habitat et d’universitaires.
Différents voyages d’études à l’étranger permettent de forger une première idée de l’habitat coopératif avec les expériences de la CoDha à Genève (Suisse), de l’éco-quartier Vauban à Fribourg, de coopératives d’habitation autogérées à Québec.
Le premier objectif est de laisser de la place à l’initiative citoyenne, vectrice de changement.
Le deuxième objectif est de pouvoir faire concrètement de l’habitat écologique, encore embryonnaire en France.
Enfin, le troisième objectif, est de créer un outil de politique publique anti-spéculatif, comme une hybridation entre l’initiative privée et l’intérêt collectif et public.
Comment créer en France une alternative entre la propriété privée et la location qui soit en même temps anti-spéculative, performante écologiquement et qui mette au centre l’initiative citoyenne ?
La réponse est trouvée dans ce que l’on appellera la « démocratie du faire », une volonté de politiser la vie quotidienne, de répondre aux grandes questions environnementales par la modification de pratiques ordinaires : se loger, se déplacer… et vivre.
De 2006 à 2013, Habicoop mène une expérience pilote, construite pour être reproductible : la conception et la construction du Village Vertical à Villeurbanne dans la région lyonnaise. L’association et le groupe des futur·es habitant·es élaborent un modèle de montage juridique, financier, partenarial ainsi qu’un modèle d’accompagnement.
Dès 2007 d’autres groupes-projet prennent contact avec l’association pour être accompagnés et guidés dans leur démarche à Nantes, Bordeaux, Toulouse, avec des spécificités : habitat pour seniors, territoire rural, réhabilitation, etc.
En 2014, L’association contribue largement à l’écriture de la partie dédiée à l’Habitat Participatif et à la Coopérative d’habitant·es de la loi ALUR (Accès au Logement et un Urbanisme Rénové – Mars 2014) qui obtiennent alors un statut légal. Malheureusement le jeu des alternances politiques ne permet pas de faire paraître tous les décrets d’application. Parallèlement, des financements publics se tarissent.
Elle passe d’un fonctionnement avec des salarié·es permanent·es à une dynamique de bénévoles qui se consacrent au travail de plaidoyer et mutualisent les avancées dans divers domaines (pôles juridique et financier, communication…). En majorité, ces bénévoles sont les habitant·es coopérateurs·rices. En fonction des dynamiques territoriales, elle s’appuie sur des structures régionales, proposant ou non un accompagnement professionnel des groupes. La FFCH propose aussi une formation spécifique sur le montage juridique et financier des coopératives d’habitant.es aux professionnel·es de l’accompagnement de l’habitat participatif et à d’autres acteurs de l’habitat.
En 2020 pendant la crise sanitaire, les capacités d’organisation solidaire qu’apporte le mode de vie en coopérative ont pu être démontrées. Le contexte social marqué par la raréfaction et l’enchérissement de l’offre de logement amène la Fédération Habicoop à interroger un possible changement d’échelle de son organisation afin d’intensifier et poursuivre la reconnaissance de son impact social.
Par ailleurs, depuis sa création en 2005 sous forme d’association, Habicoop a vu émerger de la société civile de nombreuses structures d’accompagnement et de développement de l’habitat coopératif, participatif, partagé et intergénérationnel : Habitat & Partage (coopérative d’habitation sur le modèle suisse), Hameaux Légers, la Coopérative Oasis, les Pas-sages, etc.
Si l’on a pu craindre, à première vue, une forme de concurrence entre ces structures qui se développent en même temps que ce mode d’habiter convainc de plus en plus de citoyen·nes et d’élu·es, la force de ce mouvement réside à l’inverse dans la diversité des modèles qui l’incarnent et la complémentarité qui existe entre eux.
Ces acteurs multiples et ancrés savent s’adapter aux spécificités de chaque collectif de citoyen·nes et territoire accompagnés, tout en allant puiser leur capacité d’action dans l’esprit de la coopération, le regroupement et le soutien public, à l’échelle nationale et internationale.
Convaincue de cela, la fédération décide en parallèle de poursuivre son ouverture à cet écosystème, qui participe quotidiennement à l’innovation juridique et financière des montages d’habitat coopératif.
Elle devient donc en 2025, la Fédération Française des Coopératives d’Habitants et d’Habitation, en accueillant la première coopérative d’habitation lyonnaise sur le modèle suisse, Habitat & Partage, qui développe un modèle professionnel de l’habitat coopératif, avec plusieurs opérations menées sur le territoire lyonnais.
S’ouvrir, fédérer, essaimer et poursuivre son action nationale de plaidoyer, tels sont les objectifs que s’est donnée la FFCH pour les années à venir.
