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Découvrez la tribune du Monde qui défend la propriété collective comme troisième voie du logement :  un habitat pensé comme un bien commun accessible à tous.

Crise du logement : "La propriété collective non spéculative invite à repenser l’habitat non comme un produit, mais comme un service accessible à tous"

Pour résoudre la crise du logement, la France devrait, en plus des modèles classiques de la propriété et de la location, s’engager dans une troisième voie, celle de la propriété collective, plaident six experts du secteur dans une tribune au « Monde ».

La crise du logement s’installe durablement, en France comme en Europe, au point que la Commission européenne, pourtant dépourvue de cette compétence, vient d’adopter son premier plan de soutien pour le logement abordable. La pénurie se traduit par des parcours de vie empêchés : des étudiants renoncent à une formation faute de logement, des entreprises peinent à recruter, des ménages refusent un emploi ou s’éloignent toujours davantage des centres urbains. 

Trouver un travail ne suffit plus : encore faut-il se loger à proximité à un coût compatible avec son revenu et dans un environnement désirable. Pour une part croissante de la population, cette équation est insoluble, car le logement est le premier poste de dépense des ménages : dans les métropoles attractives, les locataires lui consacrent fréquemment plus d’un tiers de leurs revenus, bien au-delà du seuil de 25 % considéré comme soutenable. L’offre locative privée, elle, se contracte fortement, tandis que la demande de logement social explose – plus de 2,8 millions de ménages en attente, des attributions en recul et une rotation du parc HLM historiquement faible. 

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Cette situation est paradoxale : la France connaît en effet un fort ralentissement démographique, elle dispose d’un territoire vaste et elle consacre au logement un effort budgétaire supérieur à la moyenne européenne. Pourtant, les tensions persistent, s’aggravent et révèlent une déconnexion profonde entre les besoins des habitants et les politiques menées qui traitent de plus en plus le logement comme un actif financier et une source de revenus et de rente plutôt que comme un bien essentiel. Cette financiarisation contribue à l’inflation immobilière, accentue les inégalités patrimoniales, territoriales, générationnelles et de genre et fragilise la transition urbaine vers la durabilité. Pire, elle alimente un sentiment de déclassement et menace la cohésion sociale. 

Gouvernance démocratique 

Face à cette crise, les politiques publiques françaises peinent à sortir des sillons tracés dans un contexte de croissance et d’extension urbaine aujourd’hui dépassé. Elles privilégient toujours les deux mêmes modèles : l’accession à la propriété et la location privée, soutenues par des aides et des avantages fiscaux qui, en solvabilisant la demande, alimentent mécaniquement la hausse des prix. Le logement social, antispéculatif, demeure certes un pilier indispensable – à condition de ne pas être affaibli par des ventes –, mais il ne peut répondre seul à la diversité des besoins ni à l’ampleur de la crise. 

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Il existe pourtant une troisième voie, encore marginale en France mais largement éprouvée ailleurs : celle de la propriété collective non spéculative et non lucrative portée notamment par les coopératives d’habitants. En Autriche, au Danemark ou en Suisse, elles produisent des logements de grande qualité, agréables à vivre, économes en foncier et en énergie, à des loyers nettement inférieurs à ceux du marché. Le principe est simple : les habitants détiennent collectivement le bâti – souvent sur un terrain dont l’usage est concédé à très long terme par une entité publique ou solidaire à lucrativité limitée – et sont locataires de leur appartement, à prix coûtant. A la fois locataires et sociétaires, ils maîtrisent collectivement leur cadre de vie et prennent les décisions en toute autonomie et responsabilité selon une gouvernance démocratique. 

Ce modèle conjugue les atouts des deux statuts – propriétaire et locataire – sans leurs inconvénients. Il permet de financer la construction de l’immeuble sur le long terme, jusqu’à cent ans, donc d’aboutir à des loyers et des coûts d’usage deux à trois fois inférieurs à ceux d’opérations classiques, financées sur vingt-cinq ans. Il anticipe l’entretien et la rénovation futurs du bâtiment en provisionnant leur coût. Il apporte une solution à des ménages – autoentrepreneurs, intermittents, seniors – exclus du crédit classique. 

Cinquante-cinq ans d’absence 

Il offre surtout à ses occupants une indispensable sécurité et stabilité, dans un lieu de vie choisi et de qualité, et favorise la cohésion sociale et la convivialité grâce aux espaces partagés, du jardin à la chambre d’hôte en passant par l’atelier, la salle des fêtes ou la buanderie. Dans la coopérative d’habitants, le logement est un bien commun, inaliénable, sorti durablement du marché, au bénéfice des générations successives de sociétaires-locataires. 

En France, le mouvement coopératif d’habitants, très actif après la seconde guerre mondiale, a été brutalement interdit en 1971 par décision gouvernementale, avant d’être réintroduit par la loi Alur de 2014. En cinquante-cinq ans d’absence, les Français ont oublié l’esprit coopératif dans l’habitat, mais depuis 2014, plusieurs immeubles sont sortis de terre en Bretagne, dans le Var, à Annemasse, à Lyon, à Paris, à Toulouse, à Bourg-en-Bresse, dans des villages du Gers ou des Hautes-Pyrénées, souvent au prix de longues années de montage faute d’un cadre financier et institutionnel adapté. Le développement des coopératives ne réclame pourtant ni subventions massives, ni dépenses publiques nouvelles, mais un accès à des ressources issues de l’économie sociale et solidaire et de prêts de long terme, garantis par la puissance publique, sur le modèle de ceux accordés au logement social. 

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Continuer à penser le logement uniquement à travers un prisme binaire location-propriété apparaît inefficace, sinon contre-productif. La troisième voie, celle de la propriété collective non spéculative, invite à repenser l’habitat non comme un produit, mais comme un service accessible à tous, vecteur d’un vivre-ensemble positif et d’une cohésion territoriale partagée. 

Louis Hénaux, coprésident de la société coopérative d’intérêt collectif Coopriétaires
Paul Jarquin, promoteur, président-fondateur de REI Habitat
Lionel Pancrazio, administrateur mandataire d’Habicoop, Fédération française des coopératives d’habitants et d’habitation, enseignant et chercheur
Ludovic Parenty, coordinateur national d’Habitat participatif France
Isabelle Rey-Lefebvre, journaliste spécialiste du logement, autrice d’« Halte à la spéculation sur nos logements ! » (Rue de l’Echiquier, 2024)
Catherine Sabbah, déléguée générale de l’Institut des hautes études pour l’action dans le logement

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