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Les coopératives d’habitants françaises à la recherche de partenaires financiers

Retour sur le séminaire de clôture de Devcoop, projet franco-suisse de recherche financé par le programme Européen INTERREG

« Développer les coopératives d’habitat dans le Grand Genève. Une démarche transfrontalière solidaire autour de la crise du logement ».

Près d’une centaine de participants côté Suisse, comme côté Français étaient réunis en distantiel le vendredi 27 novembre pour mesurer le nécessaire changement d’échelle des coopératives d’habitants françaises.

Si les coopératives d’habitation et de logement existent depuis longtemps, notamment en modèle de construction de logement social, le modèle de coopératives d’habitants associant les habitants dans la construction de leur logement et plus largement de leur cadre de vie, et le développement des espaces mutualisés est relativement nouveau.

« Quels apports du logement coopératif à la fabrique de la ville ? »

Christian Dupessey, Maire d’Annemasse, ouvre le débat avec ce constat « Généralement les intérêts divergents construisent la ville : ceux des promoteurs immobiliers, ceux de la collectivité et ceux des habitants en recherche de logement. » Avec les coopératives d’habitants, le paradigme change.  Les habitants conçoivent des logements compacts, évolutifs, les espaces sont mutualisés. L’emprise au sol est limitée favorisant une ville dense avec un cadre de vie agréable. La coopérative d’habitants permet cet entre-deux de l’approche individualiste du logement et d’une vie pleinement communautaire.

Les habitants deviennent citoyens. L’Homme a toujours été un constructeur et un bâtisseur. Ensemble, sur leur bâtiment, leur territoire, ils créent du lien. Les habitants se politisent, développent des projets de Communs dans leurs quartiers, villages : économats, espaces mutualisés et mis à disposition du voisinage…

Les porteurs de projets, en France, font preuve d’innovation institutionnelle. Au- delà de leurs propres projets ils s’organisent, pour créer des solidarités, informer, former et favoriser cette troisième voie du logement.

Pour la Fédération française des coopératives d’habitants Habicoop, les coopératives fabriqueront la ville lorsqu’elles seront plus nombreuses, lorsque les volontés politiques locales et nationales rendront les choses possibles, et lorsque l’empathie technique entre tous les acteurs sera effective (techniciens des collectivités, aménageurs, bailleurs, architectes…). Un préalable à cela : qu’elles soient définitivement reconnues d’utilité publique…

Financer et réaliser un projet de coopérative : quels outils et enjeux ?

Les Suisses font rêver les Français. Une très large majorité des coopératives d’habitants sont reconnues comme maîtres d’ouvrage d’utilité publique  ce qui leur donne accès à des financements via des Fonds de prêts, de solidarité, de cautionnement se chiffrant en milliards d’Euros .

La banque alternative Suisse, représentée par Loïc Ecoffey, existe depuis 30 ans. Dès sa création, elle a soutenu les coopératives d’habitants considérées comme un modèle pour sortir le logement de la spéculation. Aujourd’hui d’autres banques s’y intéressent de plus en plus par pur attrait financier. 

En Suisse, l’investissement « immobilier » peut être financé jusqu’à 95% par de l’emprunt. La baisse des fonds propres et donc du coût de parts sociales contribue à rendre le logement abordable pour tous. Les prêts aidés y sont par ailleurs considérés comme des apports en fonds propres. Enfin la mise à disposition du foncier par les coopératives suisses (sous forme de Droits de Superficie de 90 ans – Baux Emphytéotiques) permet la mise en œuvre de prêts sur des durées de 70 à 80 ans, renouvelables par tranche de 10 ans. 

Les témoignages français font état de leurs difficultés : on ne sait pas où nous “ranger” : nous ne sommes, ni des particuliers, ni des promoteurs privés, ni des investisseurs financiers, ni des bailleurs sociaux, ni vraiment soutenus par les pouvoir publics. Nous construisons du logement en propriété collective non spéculative pour le rendre accessible.
 « On est vu comme un risque » y compris par les banques coopératives qui représentent 60% du secteur. Pourtant au-delà de la recherche de financements à 30 ou 40 ans pour construire les coopératives émergentes, il faut noter que les plans de financements font apparaître des marges importantes dès la fin des remboursements. 

La fédération française des coopératives d’habitants, Habicoop, poursuit sa recherche de partenaires pour constituer un fonds de mutualisation à long terme….

On en parle

“Coopérative d’habitants: le projet refait surface à Ferney-Voltaire” paru dans Le Dauphiné.

“DevCoop Grand Genève : une réponse à la crise du logement ?” paru dans l’Extension.